
Mars 2011,
Trouville
Tu es venue à moi en culotte Adidas(2)
Rapidement, de ton lit, j'ai fait un palais
Oh ! comme je t’aimais, ma sodomite, ma pétasse
A quat’ pat’(3) devant la glace(4), le cul en arrêt
Une angoisse cependant a terni nos étreintes
Mon gland, ma gloire, dans ta bouche à jouir peinait
Ta chatte poivre et sel, alors, sans honte et sans crainte
La canine frémissante(5), à nouveau tu m’offrais
Ô ma fervente(6) pisseuse(7), ma baiseuse provençale
Qui aurait pu prédire que juste avant l’été
Parky(8) tu fuirais pour une africaine escale(9)
Et qu’une autre bite, bientôt, tu irais astiquer.
Maurice Macrême
(1) Sonia, la dédicataire du poème, a été jeune dans la région de Manosque, en Alpes de Haute-Provence, qui furent les Basses-Alpes jusqu'en 1970. L'auteur, lui, est lorrain. Leur amour fut corrompu, dès ses prémisses, par l'éternelle et sinistre tragédie qu'ils rejouèrent ensemble, celle de la revanche du Sud sur le Nord. De la Loire, bien entendu.
(2) Quand elle tapa dans l'œil de l'auteur, Sonia portait une courte jupe noire ornée sur un côté d'une ou de plusieurs bandes blanches verticales. Ce détail vestimentaire fut tout de suite immortalisé par le poète comme "la jupe Adidas". Bizarrement, Sonia cessa très vite de la porter en sa compagnie.
(3) Le groupe nominal "A quat' pat' " doit être récité à la manière dont Alain Bashung le chante dans Les Grands Voyageurs.
(4) La tête du lit de Sonia reposait au pied d'une énorme armoire à glace, qui occupait entièrement un pan de mur de son studio. Observer sa maîtresse dans la glace quand il la prenait par derrière fut une expérience nouvelle pour l'auteur, qui s'avéra peu gratifiante car il se voyait aussi. Quelques années après ces premiers ébats, quand les relations des deux amants s'étaient beaucoup dété-riorées, Sonia argua d'un principe feng shui pour déplacer l'armoire.
(5) Au plus fort de l'excitation physique, la bouche de Sonia se tordait en un rictus lubrique, laissant apparaître une canine proéminente. L'image est trop belle pour être fausse : Sonia vampirisa en effet son amant, qui se perdit dans son cul comme d'autres se noient dans l'alcool ou les délires d'un guru.
(6) Sonia enfant fut placée par sa mère dans un pensionnat de jeunes filles, où elle vécut jusqu'à l'âge de quinze ans. Cet exil dans les marais catholiques marqua profondément sa psyché et explique en grande partie son comportement d'adulte.
(7) Quand l'auteur eut bu le calice jusqu'à la lie, il laissa à Sonia le message téléphonique suivant : "Donc, résumons la situation : tu me traites au téléphone comme une pisseuse de 25 ans traite un mec à qui elle a imprudemment donné son numéro de téléphone et dont elle ne sait plus que faire. Tu me demandais il y a trois jours quelle place tu occupais maintenant dans ma vie. Une question étrange de la part d'une femme qui a vécu les sept années que nous avons vécues ensemble. Mais voilà ma réponse : celle d'une pisseuse de 25 ans." Ils ne se sont plus vus depuis.
(8) L'auteur est atteint de la maladie de Parkinson.
(9) Au printemps, l'auteur subit sans broncher une lourde intervention de neurochirurgie, menée de main de maître par une beauté orientale de 40 ans. La convalescence fut longue et fatigante. Peu avant l'été, Sonia profita de la situation pour prendre le large et rejoindre sa fille au Bénin. En 1993, elle y avait suivi un entrepreneur en bâtiment italien qui connaissait bien le continent africain. Ils vécurent et travaillèrent sept ans ensemble à Porto Novo, la capitale du pays. L'histoire s'achève dramatiquement pour Sonia : ayant fui l'Italien, qui ne supportait plus son comportement, elle manqua de mourir d'inanition dans une hutte où elle s'était réfugiée, sur une plage déserte. Elle avait pris vingt kilos. Rapatriée in extremis à Nice, elle fut aussitôt admise, de sa propre volonté, en unité psychiatrique. Sonia vit aujourd'hui à Cotonou, la plus grande ville du Bénin. Elle aide sa fille à gérer les chambres d'hôte que cette dernière y a créées. Elle est aussi une grand-mère zélée. Nous formulons l'hypothèse qu'elle finira par retourner suçoter la teub de l'Italien.
Comme une main d'homme
La Pisseuse provençale est un exemple frappant de poésie moderne spontanée. Elle est née vers deux heures du matin, une nuit d'insomnie, au fil de la plume du poète. La rédaction ne dura pas plus de quelques minutes. Aucune modification majeure ne fut apportée ultérieurement à ce premier jet. On peut réellement parler dans ce cas de poésie habitée.
Derrière les effets pornographiques et un ton largement ricanant se cache, en réalité, une profonde douleur. Le deuxième et le troi-sième vers de la première strophe rendent compte avec une subtile élégance de l'atta-chement de l'auteur à son sujet. Mais c'est dans la dernière strophe, d'une rare mélancolie, qu'il laisse éclater son chagrin, révélant en une formule fulgurante – "Parky tu fuirais" – à la fois sa maladie et le terrible sentiment d'abandon qu'il ressentit au départ de Sonia.
La vulgarité rigolarde du dernier vers est trompeuse : la vie de l'auteur a été boulever-sée par cet amour destructeur. Depuis la rup-ture, il vit seul et s'efforce d'apprivoiser gaiement l'ironique effet secondaire d'un patch qu'il se colle dans le dos chaque matin :
l'augmentation de son appétit sexuel. Le style du poème est toujours vigoureux. L'auteur évite le piège de l'ode pornogra-phique transie et nous plonge, au contraire, au cœur d'une tragédie amoureuse. On trouve dans ce texte tous les éléments indispensables à la confection d'un grand film noir et il n'est pas exclu que l'auteur s'attelle à son adaptation cinématographique.
La finesse du propos est exprimée para-doxalement par le choix du document photo-graphique qui accompagne le poème. On pourrait penser, à première vue, que ce choix a été dicté par une rage vengeresse, un désir violent d'humilier son sujet. Il s'agit en fait, de la part de l'auteur, d'un hommage sincère, voire éperdu, au tempérament exceptionnel de sa maîtresse. Quel bonheur, également, de voir ainsi illustrée la plus remarquable des trouvailles poétiques de l'ouvrage, celle qui conclut la première strophe !
Ce "cul en arrêt", qui claque comme une main d'homme sur la fesse d'une femme, ren-voie irrésistiblement au "Buns up kneeling" de Dinah-Moe-Humm, une chanson écrite par Frank Zappa en 1973. L'expression fit fureur dans le milieu du rock américain, bien connu pour sa frénésie sexuelle. La pisseuse de Macrême pourrait bien devenir, elle, l'étendard des hommes bafoués qui bandent encore.
Derrière les effets pornographiques et un ton largement ricanant se cache, en réalité, une profonde douleur. Le deuxième et le troi-sième vers de la première strophe rendent compte avec une subtile élégance de l'atta-chement de l'auteur à son sujet. Mais c'est dans la dernière strophe, d'une rare mélancolie, qu'il laisse éclater son chagrin, révélant en une formule fulgurante – "Parky tu fuirais" – à la fois sa maladie et le terrible sentiment d'abandon qu'il ressentit au départ de Sonia.
La vulgarité rigolarde du dernier vers est trompeuse : la vie de l'auteur a été boulever-sée par cet amour destructeur. Depuis la rup-ture, il vit seul et s'efforce d'apprivoiser gaiement l'ironique effet secondaire d'un patch qu'il se colle dans le dos chaque matin :
l'augmentation de son appétit sexuel. Le style du poème est toujours vigoureux. L'auteur évite le piège de l'ode pornogra-phique transie et nous plonge, au contraire, au cœur d'une tragédie amoureuse. On trouve dans ce texte tous les éléments indispensables à la confection d'un grand film noir et il n'est pas exclu que l'auteur s'attelle à son adaptation cinématographique.La finesse du propos est exprimée para-doxalement par le choix du document photo-graphique qui accompagne le poème. On pourrait penser, à première vue, que ce choix a été dicté par une rage vengeresse, un désir violent d'humilier son sujet. Il s'agit en fait, de la part de l'auteur, d'un hommage sincère, voire éperdu, au tempérament exceptionnel de sa maîtresse. Quel bonheur, également, de voir ainsi illustrée la plus remarquable des trouvailles poétiques de l'ouvrage, celle qui conclut la première strophe !
Ce "cul en arrêt", qui claque comme une main d'homme sur la fesse d'une femme, ren-voie irrésistiblement au "Buns up kneeling" de Dinah-Moe-Humm, une chanson écrite par Frank Zappa en 1973. L'expression fit fureur dans le milieu du rock américain, bien connu pour sa frénésie sexuelle. La pisseuse de Macrême pourrait bien devenir, elle, l'étendard des hommes bafoués qui bandent encore.
O.J. Barnum
1 commentaires:
Il faut suivre, évidemment. Dérive oblige.
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