16 février 2009

Attention, Zappa pourrait devenir tendance

Le divan de Freud : "Ich bin dein geheimer Schmutz."

Il est agréable de constater que la musique de Zappa semble s'incruster dans les salles parisiennes. Les concerts se sont multipliés depuis septembre 2008 et la série continue.


Le 27 mars, les Peach Noise se produiront sur la péniche Antipode, quai de la Seine, dans le dix-neuvième. Ce sera leur quatrième prestation en neuf mois à Paris, une belle constance – à notre connaissance, seuls les Wazoos de Jonathan Pontier, à la fin des années quatre vingt-dix, ont pu faire mieux. Leur répertoire va évoluer et leur aisance dans l'interprétation s'affirmait davantage. La rapidité avec laquelle le groupe s'est approprié le matériau musical n'est pas sans rappeler la montée en puissance du Nasal Retentive Orchestra il y a quelques années – une récente réécoute de son deuxième album, "Have A Bun" (2002), nous a confirmé le forte personnalité de la formation que Christophe Delbrouck anima de 2001 à l'année dernière. Mais, exploitant avec virtuosité son parti pris de musique purement instrumentale, Peach Noise déroule un spectacle dont le groove est sans pareil.


Autre bonne nouvelle : le 18 mai, les Zappa Plays Zappa, la formation autorisée du fiston Dweezil, investiront l'Olympia. En juin 2006, au Zenith, Dweezil avait annoncé qu'il reviendrait tous les ans. Il a répété cette promesse en octobre 2007 au Grand Rex. Il a donc presque tenu parole. Rien n'est encore dit du chanteur vedette qui pourrait l'accompagner en mai. On ne parie pas un kopeck sur Napoleon Murphy Brock, qui avait été éblouissant en 2006 mais dont les relations avec le Zappa Family Trust (ZFT) viennent de se détériorer salement.

Napoleon Murphy Brock est actuellement un guest professor de la Paul Green School of Rock, une école américaine dont le spectacle Zappa est devenu une attraction régulière de la Zappanale. Une mini-tournée aux Etats-Unis, réunissant le professeur et ses élèves, avait été annoncée pour ce mois-ci. Fin janvier, l'école était sommée par lettre d'avocat d'annuler la dite tournée, car elle n'avait pas demandé l'autorisation de la famille d'interpréter les oeuvres de Zappa. L'argumentaire juridique mérite ici d'être précisé : l'avocat du ZFT avance qu'un concert d'hommage à Frank Zappa doit être considéré comme un "spectacle de music-hall" – a revue dans le texte ; or, la redevance annuelle versée par les salles de spectacle américaines à l'ASCAP, l'équivalent de la SACEM, ne couvre pas les droits des "spectacles dramatiques". L'avocat enfonce le clou en ajoutant que "en outre, la plupart des œuvres de Frank Zappa sont dramatiques par nature". On est frappé par la justesse et l'ironie de la démonstration, puisque Zappa lui-même, dans sa fausse circulaire à l'intention des cadres de la Warner, au début des années 70, s'amusait de voir les concerts des premiers Mothers assimilés péjorativement par la critique rock à de la "musique de cabaret " (comedy music). En tout état de cause, les dates des concerts de la Paul Green Of School semblent maintenues.


Au moment même où le ZFT dégainait cette nouvelle lettre d'avocat, on apprenait qu'il avait été débouté de toutes ses actions contre la Arf Society en Allemagne. Considérant que le ZFT n'avait pu prouver que la marque Zappa était active en Allemagne, la deuxième chambre civile du tribunal de Düsseldorf a jugé que l'association pouvait continuer à utiliser l'appellation "Zappanale" pour désigner son festival annuel. Espiègles, nos camarades précisent que les juges ont laissé ouverte la question de l'antériorité de la marque Zappanale sur le territoire allemand. Une belle victoire, donc, qui sera, on s'en doute, célébrée activement sur le champ de courses de Bad Doberan en août prochain… en compagnie de Napoleon Murphy Brock, l'invité permanent du festival depuis quelques années. Cette proximité avec la Arf Society explique pour beaucoup, selon nous, l'attaque juridique indirecte dont il est l'objet aux Etats-Unis. Au passage, rappelons que si vous souhaitez assister à la Zappanale 20 et que le camping n'est pas votre tasse de thé, il va falloir commencer à songer à réserver votre chambre de Pension.


Signalons que notre ami Michel Delville a mis en ligne son clip anti-Berlusconi.


Signalons également la mini-tournée anglaise du groupe Zappatika. La troupe de McInnis vient d'être rejointe par un jeune bassiste paraît-il très prometteur.


Sans habile transition, signalons enfin le nouveau livre d'Emmanuel Todd, Après la démocratie, que nous venons de découvrir en librairie. D'après les achevés d'imprimé, il est sorti initialement en octobre 2008 et a déjà été réédité en janvier. Le point central de l'ouvrage semble être le suivant : incapables de manipuler plus longtemps notre "démocratie d'opinion", les hommes politiques français ne vont-ils pas devoir purement et simplement supprimer le suffrage universel?

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