
Le board de la Arf Society : de gauche à droite, Thomas Dippel, Wolfhard Kutz, Thomas Reinike et Michael Käckenmeister.
De notre envoyé spécial en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale
Nous étions invités à l'assemblée générale annuelle de nos amis allemands, qui s'est tenue le samedi 6 décembre dans l'après-midi à Bad Doberan.
La Arf Society partage les locaux de Kutz Tele-Technik, la société qui appartient au fondateur de l'association. Kutz Tele-Technik est un prestataire technique des opérateurs de la télévision câblée, dont le développement en Allemagne a commencé très tôt, dans les années soixante-dix. La société assure la maintenance de l'équipement de certaines chaînes. Depuis bientôt vingt ans, Wolfhard Kutz mène de front son activité d'entrepreneur et celle d'animateur de la plus importante des organisations dévouées, dans le monde, à la défense et l'illustration de la musique de Frank Zappa. Les deux univers sont intimement liés dans le repaire qu'il s'est aménagé au Am Markt 3 : on y travaille, mais au milieu des plus belles pièces de la collection du patron – car Wolfhard est un grand collectionneur.
Au fur et à mesure qu'on grimpe les escaliers de bois qui mènent, sous les combles, à la salle où se tiennent les réunions de la Arf Society, la densité des objets liés à Zappa augmente, jusqu'à l'apothéose du requin jaune et de la télé qui suinte. Au premier, c'est plutôt des postes radio en bakélite. Partout, des animaux. L'endroit est clair, calme, agréable et l'accumulation de Père Noël de toutes tailles et de toutes matières, souvent mangeables, semble aller de soi. A Bad Boderan, chez Wolfhard, c'est Noël toute l'année.
Nous étions montés jusque sur la côte Baltique pour continuer des discussions entamées en août, à la dernière Zappanale, sur l'opportunité de jeter les bases d'une coordination internationale des fans de Zappa et des musiciens qui jouent sa musique. Il s'agit, aussi, de présenter un front uni face au Zappa Family Trust. Une première piste à suivre pourrait être le développement, à partir du site actuel de la Zappanale, de ce que les spécialistes appellent un portail, c'est-à-dire un site qui aiguille sur d'autres sites. Le portail serait tri-langues – allemand, français et anglais – et équipé d'un ou plusieurs intranets. Le coût de son développement et de sa maintenance pourrait être mutualisé, comme disent d'autres spécialistes.
Le vendredi 5 au soir, la veille de l'assemblée générale, se tenait une réunion du comité de sélection de la prochaine Zappanale. En août 2009, le festival créé par la Arf Society fêtera ses vingt ans d'existence et, pour l'occasion, la durée de la manifestation a été allongée à cinq jours : deux journées d'animations et de concerts gratuits downtown Bad Doberan, et, du vendredi 14 au dimanche 16, l'orgie de musique du Galopprenbahn, le champ de courses où, à six kilomètres de la ville, se déroule le festival proprement dit. La kleine Bühne – la deuxième scène – qui avait été introduite en 2008 sera reconduite. Gérée par Johannes Zink du label Discorporate Records, elle accueille des groupes de la jeune scène rock indépendante. La musique de Zappa ne représente plus que 60 % de la programmation du festival et quelques membres du comité de sélection militent d'ailleurs pour une extension de la section dite "alternative".
Just get on the bus
Il est impossible de dévoiler aujourd'hui quoi que ce soit du programme qui se dessine, car rien n'est encore signé. On se bornera à rapporter que le cachet déraisonnable réclamé par le manager d'une tête d'affiche approchée par les organisateurs a provoqué un long débat le samedi 6, au cours de l'assemblée générale. Un autre point évoqué ce jour-là a été l'augmentation du ticket d'entrée, dont le montant actuel – 84 euros pour trois jours – n'a pas bougé depuis huit ans. L'économie du festival est fragile : la Zappanale 13 en 2002, dont l'affiche fut grandiose, a été une catastrophe financière. Depuis, le festival équilibre tout juste ses comptes. Une augmentation tarifaire, si elle semble justifiée, ne suffira pas à affermir la situation financière. Un cap d'affluence doit être franchi, qui serait en rapport avec la montée en puissance artistique du festival. Une réunion des Fils De l'Invention est prévue pour le 15 janvier, dont l'objectif est d'organiser notre participation à l'événement, car nous disposerons d'un stand et d'une certaine marge de manœuvre créative. Un convoyage en bus moustachus sera mis à l'étude.
Les poursuites judiciaires lancées par le ZFT contre le festival lui ont certes fourni une publicité inespérée. Mais elles ont aussi passablement pourri la vie de Thomas Dippel, le président de la Arf Society, en première ligne dans cette affaire. La situation est complètement bloquée. Faute d'un accord à l'amiable entre les deux parties, le tribunal de Düsseldorf doit trancher. Les avocats de la famille Zappa n'ont de cesse de faire reporter la date de sa décision, initialement prévue pour le 5 novembre, déjà repoussée plusieurs fois et qui, selon toutes probabilités, sera renvoyée à l'année prochaine. Le ZFT a bien proposé un compromis, mais totalement inacceptable, puisqu'il impliquait un contrôle de la programmation du festival par la famille Zappa. Les avocats de cette dernière ont également remis sur le tapis la question absurde du buste de Zappa érigé à Bad Doberan, qui "déplaît" à la veuve du musicien. Qui plus est, ils menacent de déposer une nouvelle plainte pour violation de copyright, qui pourrait, celle-là, être jugée à Hambourg. Tout se passe comme si, se sachant incapables de gagner sur le fond, les plaignants cherchent à impressionner et épuiser leur adversaire. Saluons ici le sang-froid exemplaire de nos confrères allemands, qui à ce jour ont dépensé plus de 7000 euros de frais de justice.
La meilleure nouvelle du week-end, à nos yeux, aura été la plus imprévue. Au cours de l'AG de samedi, Wolfhard Kutz annonça qu'il avait l'intention de créer une fondation – eine Stiftung comme ils disent – où sera conservée sa collection Zappa. C'est l'une des plus importantes au monde et la visite du bureau/musée/auditorium de Wolfhard, au premier étage de sa belle maison des alentours de Bad Doberan, en pleine campagne, est un régal. Au fil des ans, Wolfhard a déniché à peu près toutes les éditions de tous les disques de Zappa – c'était la première fois que l'envoyé des Fils De l'Invention tenait entre ses mains un support reel-to-reel, en l'occurrence celui de "Just Another Band From L.A." – et il est heureux que ce fond probablement unique survive intact à la mort de son propriétaire. La fondation sera installée dans une série de pièces, actuellement en rénovation, situées à l'arrière de l'immeuble de la Arf Society. La salle destinée à présenter les expositions temporaires sera prête pour août prochain. Jimmy Carl Black en sera le premier invité.
Et la musique dans tout ça ? Le Jazzprojekt Hundehagen de Michael Käckenmeister, un des quatre membres du board de la Arf Society, fut l'attraction de la party organisée le 6 au soir en cave. Le répertoire du groupe oscille entre Summertime et Red Baron, en passant par Muffin Man et la transe du Mahavishnu Orchestra. Michael à la guitare et le violoniste Gemot Winkler furent des solistes inventifs et parfois poignants. A quatre heures du matin, le groupe jouait encore.
La Arf Society partage les locaux de Kutz Tele-Technik, la société qui appartient au fondateur de l'association. Kutz Tele-Technik est un prestataire technique des opérateurs de la télévision câblée, dont le développement en Allemagne a commencé très tôt, dans les années soixante-dix. La société assure la maintenance de l'équipement de certaines chaînes. Depuis bientôt vingt ans, Wolfhard Kutz mène de front son activité d'entrepreneur et celle d'animateur de la plus importante des organisations dévouées, dans le monde, à la défense et l'illustration de la musique de Frank Zappa. Les deux univers sont intimement liés dans le repaire qu'il s'est aménagé au Am Markt 3 : on y travaille, mais au milieu des plus belles pièces de la collection du patron – car Wolfhard est un grand collectionneur.
Au fur et à mesure qu'on grimpe les escaliers de bois qui mènent, sous les combles, à la salle où se tiennent les réunions de la Arf Society, la densité des objets liés à Zappa augmente, jusqu'à l'apothéose du requin jaune et de la télé qui suinte. Au premier, c'est plutôt des postes radio en bakélite. Partout, des animaux. L'endroit est clair, calme, agréable et l'accumulation de Père Noël de toutes tailles et de toutes matières, souvent mangeables, semble aller de soi. A Bad Boderan, chez Wolfhard, c'est Noël toute l'année.
Nous étions montés jusque sur la côte Baltique pour continuer des discussions entamées en août, à la dernière Zappanale, sur l'opportunité de jeter les bases d'une coordination internationale des fans de Zappa et des musiciens qui jouent sa musique. Il s'agit, aussi, de présenter un front uni face au Zappa Family Trust. Une première piste à suivre pourrait être le développement, à partir du site actuel de la Zappanale, de ce que les spécialistes appellent un portail, c'est-à-dire un site qui aiguille sur d'autres sites. Le portail serait tri-langues – allemand, français et anglais – et équipé d'un ou plusieurs intranets. Le coût de son développement et de sa maintenance pourrait être mutualisé, comme disent d'autres spécialistes.
Le vendredi 5 au soir, la veille de l'assemblée générale, se tenait une réunion du comité de sélection de la prochaine Zappanale. En août 2009, le festival créé par la Arf Society fêtera ses vingt ans d'existence et, pour l'occasion, la durée de la manifestation a été allongée à cinq jours : deux journées d'animations et de concerts gratuits downtown Bad Doberan, et, du vendredi 14 au dimanche 16, l'orgie de musique du Galopprenbahn, le champ de courses où, à six kilomètres de la ville, se déroule le festival proprement dit. La kleine Bühne – la deuxième scène – qui avait été introduite en 2008 sera reconduite. Gérée par Johannes Zink du label Discorporate Records, elle accueille des groupes de la jeune scène rock indépendante. La musique de Zappa ne représente plus que 60 % de la programmation du festival et quelques membres du comité de sélection militent d'ailleurs pour une extension de la section dite "alternative".
Just get on the bus
Il est impossible de dévoiler aujourd'hui quoi que ce soit du programme qui se dessine, car rien n'est encore signé. On se bornera à rapporter que le cachet déraisonnable réclamé par le manager d'une tête d'affiche approchée par les organisateurs a provoqué un long débat le samedi 6, au cours de l'assemblée générale. Un autre point évoqué ce jour-là a été l'augmentation du ticket d'entrée, dont le montant actuel – 84 euros pour trois jours – n'a pas bougé depuis huit ans. L'économie du festival est fragile : la Zappanale 13 en 2002, dont l'affiche fut grandiose, a été une catastrophe financière. Depuis, le festival équilibre tout juste ses comptes. Une augmentation tarifaire, si elle semble justifiée, ne suffira pas à affermir la situation financière. Un cap d'affluence doit être franchi, qui serait en rapport avec la montée en puissance artistique du festival. Une réunion des Fils De l'Invention est prévue pour le 15 janvier, dont l'objectif est d'organiser notre participation à l'événement, car nous disposerons d'un stand et d'une certaine marge de manœuvre créative. Un convoyage en bus moustachus sera mis à l'étude.
Les poursuites judiciaires lancées par le ZFT contre le festival lui ont certes fourni une publicité inespérée. Mais elles ont aussi passablement pourri la vie de Thomas Dippel, le président de la Arf Society, en première ligne dans cette affaire. La situation est complètement bloquée. Faute d'un accord à l'amiable entre les deux parties, le tribunal de Düsseldorf doit trancher. Les avocats de la famille Zappa n'ont de cesse de faire reporter la date de sa décision, initialement prévue pour le 5 novembre, déjà repoussée plusieurs fois et qui, selon toutes probabilités, sera renvoyée à l'année prochaine. Le ZFT a bien proposé un compromis, mais totalement inacceptable, puisqu'il impliquait un contrôle de la programmation du festival par la famille Zappa. Les avocats de cette dernière ont également remis sur le tapis la question absurde du buste de Zappa érigé à Bad Doberan, qui "déplaît" à la veuve du musicien. Qui plus est, ils menacent de déposer une nouvelle plainte pour violation de copyright, qui pourrait, celle-là, être jugée à Hambourg. Tout se passe comme si, se sachant incapables de gagner sur le fond, les plaignants cherchent à impressionner et épuiser leur adversaire. Saluons ici le sang-froid exemplaire de nos confrères allemands, qui à ce jour ont dépensé plus de 7000 euros de frais de justice.
La meilleure nouvelle du week-end, à nos yeux, aura été la plus imprévue. Au cours de l'AG de samedi, Wolfhard Kutz annonça qu'il avait l'intention de créer une fondation – eine Stiftung comme ils disent – où sera conservée sa collection Zappa. C'est l'une des plus importantes au monde et la visite du bureau/musée/auditorium de Wolfhard, au premier étage de sa belle maison des alentours de Bad Doberan, en pleine campagne, est un régal. Au fil des ans, Wolfhard a déniché à peu près toutes les éditions de tous les disques de Zappa – c'était la première fois que l'envoyé des Fils De l'Invention tenait entre ses mains un support reel-to-reel, en l'occurrence celui de "Just Another Band From L.A." – et il est heureux que ce fond probablement unique survive intact à la mort de son propriétaire. La fondation sera installée dans une série de pièces, actuellement en rénovation, situées à l'arrière de l'immeuble de la Arf Society. La salle destinée à présenter les expositions temporaires sera prête pour août prochain. Jimmy Carl Black en sera le premier invité.
Et la musique dans tout ça ? Le Jazzprojekt Hundehagen de Michael Käckenmeister, un des quatre membres du board de la Arf Society, fut l'attraction de la party organisée le 6 au soir en cave. Le répertoire du groupe oscille entre Summertime et Red Baron, en passant par Muffin Man et la transe du Mahavishnu Orchestra. Michael à la guitare et le violoniste Gemot Winkler furent des solistes inventifs et parfois poignants. A quatre heures du matin, le groupe jouait encore.